Égalité des sexes à Africités

Africities 2018: Pacte de collaboration vers une Charte Africaine pour l’Égalité Locale

À l’occasion du 8ème Sommet Africités, qui s’est tenu du 20 au 24 novembre 2018 à Marrakech, au Maroc, sous le titre « La Transition vers des Villes et des Territoires Durables, le Rôle des Gouvernements Locaux et Sub-nationaux d’Afrique », les femmes élues locales africaines et européennes ont adopté le Pacte Afrique-Europe de Marrakech pour poursuivre leur collaboration sur l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres en Afrique.

Rassemblant plus de 5000 participants – représentants de ville et de gouvernements locaux, ministères, réseaux sub-nationaux, nationaux et internationaux, partenaires et acteurs clef du développement – la 8ème édition du Sommet Africités a offert l’espace d’organiser une session intitulée « Les stratégies d’égalité des genres et d’inclusion sociale : pour une transition juste de l’Afrique ». Organisée la matinée du 21 novembre, la session a réuni un grand nombre de dirigeants locaux et de partenaires du développement d’Afrique dans le but de discuter de l’importance cruciale d’intégrer les perspectives d’égalité des genres dans le développement et la gouvernance locale en Afrique, et d’adopter un pacte de collaboration entre les sections africaine et européenne de CGLU visant à développer de telles activités.

Le Pacte Afrique-Europe de Marrakech a officiellement été signé le 22 novembre par les Secrétaires Généraux des sections régionales africaine et européenne de CGLU, ainsi que par la Secrétaire Générale de l’organisation mondiale, sous les regards de nombreux élus locaux africains, femmes et hommes, dans le but de marquer le lancement de la démarche d’élaboration d’une Charte Africaine pour l’Égalité Locale, basée sur les principes de l’Agenda de Paris de 2013, de la Vision 2063 de l’Union Africaine, du Nouvel Agenda Urbain, de l’Agenda 2030 – en particulier, l’ODD 5 – et de tous les autres agendas mondiaux pertinents. Cette charte devrait être développée par la section régionale africaine de CGLU (CGLU-Afrique) et par le Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique (REFELA), en coopération avec la section régionale européenne (CCRE-CEMR/Platforma) et de sa Commission Permanente pour l’Égalité des Genres, et avec le soutien de l’organisation mondiale.

La session « Les stratégies d’égalité des genres et d’inclusion sociale : pour une transition juste de l’Afrique » a été très bien reçue par les participants au Sommet et a rassemblé environ 200 participants, dont notamment de nombreuses femmes élues d’Afrique.

La session a été ouverte par la Présidente du REFELA, Célestine Ketcha Courtés, qui a rappelé que « les femmes élues ne sont que 6% en Afrique au niveau local, alors qu’elles sont une moyenne de 23% dans le reste du monde ; de la même manière, elles sont moins de 10% au niveau national », et a appelé à un engagement actif des villes et des gouvernements locaux se « concentrant sur l’Agenda 2030, et particulièrement sur l’ODD 5 sur l’égalité des genres », dans le but de renverser ce phénomène. Elle a également expliqué comment l’Afrique pouvait créer son propre Agenda ou sa propre Charte pour l’Égalité en utilisant la Charte Européenne pour l’Égalité comme une inspiration, et non comme un modèle.

Dans un commentaire introductif faisant suite au discours d’ouverture, la Secrétaire Générale de CGLU, Emilia Sáiz a fait valoir que cette session était la démonstration que l’égalité des genres et l’intégration de la perspective de genre étaient des priorités de long-termes, non seulement pour CGLU en tant qu’organisation mondiale, mais également pour les sections régionales, et a souligné « la nécessité d’arrêter de se justifier pour se concentrer désormais sur l’action concrète ». Elle a déclaré que les régions, dont l’Afrique, devraient être au cœur du développement sensible au genre étant donné qu’elles sont les plus à même d’être en mesure de bâtir à partir des contextes locaux, et a réaffirmé le potentiel concret et la forte volonté politique des dirigeantes locales africaines, avec un réseau régional de femmes élues d’Afrique qui croît et se consolide tous les ans davantage. Elle a également mis l’accent sur le fait que « les dirigeantes locales partagent la responsabilité collective de faire entendre leur voix sur la scène internationale et d’inspirer les générations futures ».

Par la suite, la Maire d’Abrantes, Maria do Ceu Albuquerque a souligné qu’avoir une stratégie politique pour l’intégration de la perspective liée au genre dans la vie et dans la gouvernance politique était une condition sine qua none du développement inclusif et durable. Elle a présenté les politiques locales, sub-nationales et nationales en place dans cette optique, et notamment les 173 villes qui consacrent au moins un membre de leur personnel aux questions liées à l’égalité des genres, et a mis en exergue l’importance d’avoir une coordination stratégique à tous les niveaux dans le but de garantir la mise en œuvre effective de l’intégration du genre, ainsi que des indicateurs qui permettent d’évaluer à tout moment l’état de l’égalité des genres dans les politiques.

Lisa Bardot du CCRE-CEMR a ensuite présenté la Charte Européenne pour l’Égalité des Femmes et des Hommes dans la Vie Locale qui a été adoptée par plus de 1730 acteurs, villes et gouvernements locaux de 35 pays différents, ainsi que l’Observatoire de cette Charte, qui est un outil visant à identifier les signataires de la Charte, les plans d’action et les bonnes pratiques dans le domaine de l’égalité des genres dans la vie locale, à faciliter les échanges entre les signataires et à encourager le développement de la coopération décentralisée et les projets de jumelage dans ce domaine. Elle a rappelé le besoin d’avoir des critères de normalisation, tels que le contrôle et le suivi des écarts salariaux, l’établissement de quotas, ou l’égalité d’accès aux opportunités.

Frédéric Vallier, Secrétaire Général de la section régionale européenne (CCRE-CEMR), a insisté sur le fait que « la Charte Européenne pour l’Égalité est un agenda qui promeut l’égalité entre les femmes et les hommes, et les hommes, tout comme les femmes, ont une place essentielle dans la poursuite de cet objectif », et devraient jouer un rôle actif dans l’atteinte de cette égalité. Il a fait ressortir que l’Agenda 2030, l’ODD 5 et les conditions de l’égalité ne pourraient pas être atteints sans des politiques inclusives qui s’adressent à toutes et tous, les femmes et les hommes, et que les politiques sensibles au genre doivent être transversale à toutes les autres domaines politiques.

Ensuite, Diane Osso Mbango, du REFELA Congo-Brazzaville, a reconnu que la création de réseaux nationaux ou sub-nationaux, comme le REFELA, permettait aux femmes dirigeantes locales de s’unir dans la solidarité et de renforcer les processus de réseautage entre elles, en leur permettant d’accéder et de prendre part aux discussions mondiales en lien avec l’égalité des genres, et de gagner en visibilité dans les débats internationaux sur le développement urbain durable à l’échelle locale. Elle a également mentionné l’importance de développer les compétence et opportunités d’éducation, de formation et de construction des capacités pour les femmes et les filles, dans le but de générer les conditions de l’appropriation de la promotion des femmes dans la prise de décision par les femmes et des hommes.

La Maire de Tunis, Souad Abbderahim, récemment élue et première femme élue maire de la ville depuis plus de 160 ans, a parlé de son expérience dans l’accès à ce poste de haut niveau, et a expliqué à quel point « il est fondamental de reconnaître les réalisations des femmes qui sont à des postes à responsabilité au plus haut niveau, non seulement pour les rendre visibles, mais aussi pour aider les mentalités – encore souvent établies par des hommes – à changer ». Elle a mis en lumière le manque de reconnaissance des contributions faites par les femmes dans la manière de penser, de planifier et de mettre en œuvre les transformations politiques et le développement durable. Elle a également fait référence au fait que « la force, l’action et les capacités des femmes sont encore aujourd’hui à démontrer » et que « le militantisme, la reconnaissance des droits et des libertés, l’implication des hommes, l’action de la société civile et les normes législatives sont des conditions essentielles de l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Le public a également joué un rôle clef dans cette session dans la mesure où de nombreux échanges intéressants et constructifs ont eu lieu, avec notamment l’intervention de l’ancienne Cheffe d’État de la République Centre-Africaine, Catherine Samba-Panza, qui a encouragé ses collègues et consœurs à partager et rendre visible leur expérience en tant que dirigeantes, maires et femmes élues, dans le but d’inspirer les générations contemporaines et futures, et de valoriser les perspectives des femmes dans la sphère politique. D’autres questions ont été soulevées,

notamment la nécessité de repenser les cadres législatifs dans le but de les rendre sensibles au genre ; l’importance de l’intégration des perspectives de genre, non seulement dans la sphère politique mais également dans les secteurs publics, privés et de la société civile ; et le besoin de donner aux femmes les moyens d’agir, en développant par exemple des systèmes de micro-crédits.

Finalement, le Pacte Afrique-Europe de Marrakech qui vise entre autres à lancer officiellement l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres en Afrique, a été présenté et lu à haute voix par Malika Ghefrane, Conseillère Spéciale du REFELA, à une audience enthousiaste. Dans cette démarche, les participants à la session – intervenants et public – ont décidé par un large consensus, de nommer la charte « Charte Africaine pour l’Égalité Locale », a fait part de contributions supplémentaires sur le document final, et a approuvé son adoption formelle.

En conclusion, l’experte sur l’égalité des genres Sandra Ceciarini, qui a travaillé avec la section européenne et sur sa Charte pour l’Égalité il y a une dizaine d’années, a rappelé plusieurs des principales recommandations structurelles qui devraient être pris en compte dans le développement des activités à venir au sein des villes et des gouvernements locaux d’Afrique au regard de l’égalité des genres. Elle a signalé que « les spécificités de chacune des sections régionales de CGLU font la richesse du réseau, et je demande à l’Afrique de s’approprier véritablement les questions d’égalité des genres afin de développer une Charte africaine unique et inspirée pour l’égalité locale. » Elle a aussi reconnu le travail mené par CGLU en tant qu’organisation mondiale pour la promotion de l’égalité des genres au cours des dernières années, et a appelé à l’engagement actif de chacune des sections régionales de CGLU pour la visibilité des femmes en politique, à tous les niveaux, à travers le monde entier.

Célestine Ketcha Courtés, Présidente du REFELA, a clôturé la session sur les stratégies d’égalité des genres et d’inclusion sociale pour une transition juste de l’Afrique en disant que « nous avons besoin que le plus de femmes possible signent ce pacte, afin de prendre part à ce projet, et d’y contribuer, dans l’objectif de garantir aux prochaines générations de filles et de femmes une place à la table des décisions d’ici l’horizon 2030. »

Au cours des Africités, on a pu assister à davantage de réunions où l’autonomisation des femmes était reflétée dans les décisions de plusieurs assemblées. Ainsi, l’Assemblée du REFELA (Réseau des femmes élues aux collectivités locales africaines), qui s’est tenue le jeudi 22 novembre en présence de nombreuses femmes maires membres du Réseau, a confirmé le renouvellement des organes du REFELA avec l’élection de la présidence

Les maires d’Afrique ont renouvelé leur confiance en élisant Célestine Ketcha à la présidence du REFELA et Fatna El Khiel, secrétaire d’Etat auprès du Ministère de la planification nationale, de l’urbanisme, du logement et de la politique urbaine ; Macoura Dao, maire de Foumbolode (Côte d’Ivoire) ; Katrina Shimbulu, présidente de l’Association des pouvoirs locaux de Namibie (ALAN) et Irma de Madagascar comme vice-présidente. CGLU Femmes se réjouit, en tant que réseau, d’avoir assisté à cette rencontre avec les maires et les élus locaux qui composent son bureau exécutif, ce qui apportera certainement de nouvelles perspectives et de nouveaux engagements pour l’égalité au niveau local.

Un autre des moments les plus importants pour les femmes dans les sessions politiques d’Africités 2018 a été l’élection à l’Assemblée de CGLU Afrique de Rose Christiane Ossouka Raponda, Maire de Libreville, comme nouvelle Présidente de CGLU Afrique pour les 3 prochaines années.